News : Jeunes profs et vieilles méthodes
(Catégorie École)
Posté par Pierre Graber
vendredi 23 novembre 2007 - 15.58
Le MONDE DE L'ÉDUCATION de décembre 2007 consacre un intéressant dossier aux «nouveaux instits» qui seraient de plus en plus rétifs à l'innovation pédagogique.
La rédaction avait commandé une analyse à Sylvain Grandserre (ainsi qu'à Rachel Boutonnet) qui n'a finalement pu, à l'exception d'une citation, s'insérer dans le magazine.
En voici des extraits significatifs :
[...] socialement éloignés du quotidien sordide de bien des élèves, certains [jeunes profs] imaginent leur future classe comme une terra incognita pour conquistadors ! Dès lors, l'angoisse du néophyte n'est plus l'efficacité mais la crainte légitime d'être débordé. S’érige alors une tolérance zéro, bunker interdisant l’accès au savoir par la différenciation pédagogique (autonomie, recherche, expression, coopération, tâtonnement).
Le désengagement est à la mode : politique, syndical, pédagogique. Erreur de se croire ainsi à l'abri quand c'est justement cet enfermement prétendument neutre qui expose et fourvoie ! Mais cette tétanie s’explique : avec un programme scolaire, inflationniste et mutant, à faire passer en milieu hostile, la rigidité séduit, donnant l'illusion de maîtriser à la fois des troupes trop nombreuses et leurs apprentissages. Fantasme qui ignore la réalité : pourquoi les enfants sont-ils curieux... et pas les élèves ? Croit-on qu'ils apprendront « à l'insu de leur plein gré» ?
De son côté, l'innovation est maintenue dans un rôle d’Arlésienne. Aux curieux d’agir en autodidactes. Mais quand, comment, avec qui ? Tout pousse au repli les jeunes recrues porteuses elles aussi de conceptions erronées. Car si le gendarme a sa tactique, l’instit a sa didactique ! Surtout qu’un nombre croissant a d’abord pu songer [à l'enseignement secondaire], projetant sur le primaire une culture disciplinaire qui ignore souvent l'élève. « Un professeur sachant professer doit savoir enseigner sans...gamin » ! [...]
Enfin, j’avoue une profonde sympathie pour les « méthodes qui ont fait leurs preuves » : Robin, Ferrer, Korczak, Montessori, Freinet, Oury ! Car les autres vieilles recettes n'ont souvent apporté qu’un écœurement durable. Toute nostalgie serait donc un aveu d’amnésie ou bien la volonté de détourner en amont le cours de l’histoire pour alimenter des moulins à paroles qui préfèrent ne pas poser les questions auxquelles ils ne savent pas répondre.
Sylvain Grandserre
Maître d’école en Seine-Maritime
Auteur de École : droit de réponses, Hachette, 2007
Prix Louis Cros de l’Académie des Sciences Morales et Politiques
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